Quelle place pour les femmes dans l’Eglise ?

Dans la France d’aujourd’hui, l’égalité entre hommes et femmes est une valeur partagée. Dans à peu près toutes les sphères de la société, du monde professionnel à la vie civile, hommes et femmes sont égaux en droits, ils ont accès aux mêmes fonctions et aux mêmes responsabilités. Et de fait, même si les évolutions sont lentes dans certains secteurs, les femmes accèdent peu à peu aux plus hauts postes.

Il est pourtant un espace qui résiste à cette évolution : le monde religieux. La plupart des communautés religieuses de notre pays ne permettent pas aux femmes d’accéder aux fonctions de responsable ou de ministre du culte. Dans le monde protestant, la situation est très contrastée entre les églises luthéro-réformées, où l’égalité est entière entre les hommes et les femmes (la profession de pasteur s’y féminise rapidement), et les églises évangéliques, où la majorité des unions d’églises refusent l’accès des femmes aux ministères d’ancien et de prédicateur (voire à d’autres fonctions, selon les milieux). Les instances dirigeantes du CNEF en sont le reflet : elles ne comptent tout simplement aucune femme.

Comment nos contemporains perçoivent-ils cette persistance à exclure ainsi les femmes de la direction de nos églises, qui ont par ailleurs un style si moderne ? Alors que les évangéliques de France ambitionnent d’implanter de nombreuses nouvelles églises dans notre pays (l’objectif du CNEF est d’atteindre le taux d’une église pour 10 000 habitants contre une pour 30 000 actuellement), n’est-il pas temps de se poser la question du bien-fondé de cette pratique ? Faut-il risquer de heurter et de détourner de nos églises des femmes et des hommes de notre temps qui ne comprennent pas ce qu’il faut bien appeler une forme de discrimination ? Pourtant, dans les milieux évangéliques, le sujet n’est que très peu évoqué. Comme si ça allait de soi.

Ecarter d’emblée la moitié des membres d’une église de l’exercice des ministères les plus importants est une décision grave. Il s’agit d’être bien certain que c’est la volonté de Dieu. Or, la réflexion sur ce sujet se limite le plus souvent à la lecture et au commentaire de deux ou trois passages bibliques, toujours les mêmes. Les lignes qui suivent sont une invitation à reconsidérer la question de la place des femmes dans l’Eglise dans une autre perspective, bien plus large et réjouissante : celle de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ.

«Au commencement, il n’en était pas ainsi»

«C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse vous a permis de divorcer d’avec vos épouses. Mais au commencement, il n’en était pas ainsi» (Matthieu 19.8)

Cette phrase de Jésus aux pharisiens ne s’applique-t-elle qu’à la question du divorce ? Le passage parallèle dans Marc incite à penser qu’elle concerne toutes les pratiques qui font une différence (une hiérarchie) entre les hommes et les femmes.

Jésus leur répondit : «C’est à cause de la dureté de votre coeur que Moïse a écrit ce commandement pour vous. Mais au commencement de la création, Dieu a créé l’être humain homme et femme». (Marc 10.5-6)

Ce verset fait bien sûr référence au récit de la création de Genèse 1 : «Dieu créa les hommes pour qu’ils soient son image, oui il les créa pour qu’ils soient l’image de Dieu. Il les créa homme et femme». (Genèse 1.27)

Dieu n’est ni homme, ni femme, Il est Esprit. Les femmes reflètent tout autant l’image de Dieu que les hommes. La domination dont sont victimes les femmes est une conséquence de la chute.

Dieu dit à la femme : «Je rendrai tes grossesses très pénibles, et tu mettras tes enfants au monde dans la souffrance. Ton désir se portera vers ton mari, mais lui te dominera» (Genèse 3.16)

Cette malédiction annoncée à Eve s’est réalisée tout au long de l’histoire humaine, y compris dans l’histoire biblique (de manière choquante dans certains livres de l’ancien testament, mais aussi dans le nouveau testament), y compris dans l’Eglise. Mais il s’agit d’une malédiction, pas d’un commandement.

«Parce que tu as cru en moi, tu es sauvée»

Jésus dit à la femme : «Parce que tu as cru en moi, tu es sauvée ; va en paix» (Luc 7.50)

La venue de Jésus est porteuse d’une libération extraordinaire pour les femmes. On ne mesure pas aujourd’hui à quel point son attitude à l’égard des femmes était libérale dans le contexte de l’époque. Le statut de la femme juive du 1er siècle est l’un des pires qui soit. Elle était considérée comme inférieure et impure, et les pratiques religieuses (qui allaient au-delà de ce que préconise la Torah) le lui rappelaient constamment.

Jésus, au contraire, ne fait pas de différence entre les hommes et les femmes, il adopte la même attitude à leur égard. Alors qu’il lui arrive de souligner la priorité de son ministère pour les Juifs (Matthieu 15.21-28), nulle part il n’est question d’une priorité des hommes par rapport aux femmes. Jésus va à la rencontre des femmes, il s’entretient avec elles, il les enseigne. Le groupe de disciples qui l’accompagne compte de nombreuses femmes (Luc 8.2-3 ; Marc 15.40-41). La liberté que prend ainsi Jésus d’appeler des femmes à sa suite est exceptionnelle (indécente) dans la culture de l’époque, tout comme l’est d’ailleurs la liberté de ces femmes qui cheminent avec lui.

Jésus donne aux femmes leur majorité spirituelle. Il leur ouvre un accès libre à sa personne et à son enseignement, sans aucune médiation masculine. A aucun moment, il ne les cantonne dans une vocation ou un rôle particulier. L’Evangile est pour les femmes tout autant que pour les hommes.

«Il n’y a donc plus de différence» (1)

«Il n’y a donc plus de différence entre les Juifs et les non Juifs, entre les esclaves et les hommes libres, entre les hommes et les femmes. Unis à Christ, vous êtes tous un» (Galates 3.28)

Paul tire les conséquences de l’oeuvre de Jésus-Christ. Ce verset exprime une des vérités fondamentales et intemporelles du Christianisme. Il n’y a pas de différence entre les hommes et les femmes : «Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu» (Romains 3.23)

A moins de considérer que le sang du Christ serait suffisant pour couvrir le péché d’Adam, mais pas celui d’Eve ? Les femmes devraient-elles continuer, de génération en génération, à l’expier ?

«En effet, l’amour du Christ nous étreint, car nous avons acquis la certitude qu’un seul homme est mort pour tous : donc tous sont mort en lui» (2 Corinthiens 5.14)

Hommes et femmes, nous sommes au bénéfice de la seule grâce de Dieu. «Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous qui règne sur tous, qui agit par tous et qui est en tous» (Ephésiens 4.5-6)

Et pourtant, combien les femmes ont été et sont encore aujourd’hui dans l’Eglise considérées comme « différentes » ! L’Eglise aurait dû être (et elle l’a été dans une certaine mesure à ses débuts) le fer de lance de la libération des femmes. Le moins que l’on puisse dire, c’est que dans notre pays, à l’exception de certains milieux, elle est à la traîne.

Il ne m’est jamais arrivé, ni lors de mes études, ni dans mon contexte professionnel, ni ailleurs dans la vie civile, de me sentir discriminée parce que femme. Nulle part, à aucun moment… sauf à l’église. N’est-ce pas un comble ?

Alors bien sûr, il y a ces autres textes derrière lesquels beaucoup se retranchent, en les sortant de leur contexte, pour justifier le non accès des femmes aux ministères d’ancien et de prédicateur : 1 Timothée 2, 1 Pierre 3 ou encore 1 Corinthiens 11.

C’est vrai, ces textes sont dans le nouveau testament. Il s’agit d’écrits très tardifs (d’après les spécialistes des manuscrits bibliques) qui reflètent un retour en arrière par rapport à l’enseignement de Paul et la pratique des toutes premières communautés, pour ne pas choquer le milieu ambiant. Les chrétiens sont exhortés à se conformer au modèle social – patriarcal – qui a cours alors dans l’Empire romain. Des textes antiques contemporains des écrits du nouveau testament montrent que les chrétiens étaient accusés de troubles à l’ordre social et de pratiques immorales. Dans ce contexte, la nouveauté qui consistait à donner la parole aux femmes dans les communautés a pu apparaître comme les desservant par rapport aux regards extérieurs.

«Ayez une bonne conduite au milieu des païens. Ainsi, dans les domaines mêmes où ils vous calomnient en vous accusant de faire le mal, ils verront vos bonnes actions et loueront Dieu le jour où il interviendra dans leur vie» (1 Pierre 2.12)

Il ne faut donner aucune occasion à la société ambiante de critiquer l’Eglise pour une raison autre que le coeur de l’Evangile : l’annonce et la vie en Jésus-Christ, mort et ressuscité pour nous. Cela peut se comprendre dans un contexte de méfiance croissante et bientôt de persécution contre les chrétiens.

Finalement, ces textes, on les applique à l’envers aujourd’hui. Nous ne vivons plus dans l’Antiquité. Ce qui est choquant pour nos contemporains, c’est la différence de traitement entre les hommes et les femmes. Est-ce que vous osez aborder sans rougir cet aspect de votre vie d’église devant des non-chrétiens ? Ca ne contribue pas à rendre nos églises attractives.

Nulle part dans la Bible, il n’est écrit que l’esclavage doit être aboli. Au contraire, le nouveau testament demande à l’esclave d’accepter sa condition (Ephésiens 6.5 ; 1 Pierre 2.18). Pourtant, ça fait des siècles que les chrétiens ont compris que cette pratique est contraire à la volonté de Dieu.

Et quel dommage pour les églises de se priver des dons que Dieu a donnés aux femmes !

«En chacun, l’Esprit se manifeste d’une façon particulière, par les dons qu’il accorde, en vue du bien commun» (1 Corinthiens 12.7). Et en chacune ?

«Aspirez aux dons les meilleurs»

«Aspirez aux dons les meilleurs» (1 Corinthiens 12.31)

A qui cette exhortation est-elle adressée ? A tous les chrétiens, ou seulement à certains (les hommes) ? Les femmes doivent-elles aspirer aux dons les meilleurs parmi ceux qu’elles seront autorisées à exercer dans l’église ? Ou bien peuvent-elles aspirer également à ceux qu’elles ne pourront pas exercer dans l’église, et alors ce sera juste pour leur satisfaction personnelle ? Mais cela ne risque-t-il pas plutôt de générer des frustrations ?

La différence faite entre les hommes et les femmes dans les églises engendre de nombreuses situations injustes, malsaines, qui minent la communion fraternelle.

Evidemment que l’exhortation de Paul s’adresse aussi aux femmes. Dieu leur a accordé de nombreux dons, naturels et spirituels, pour le bien de son Eglise. Il est regrettable que certains de ces dons soient laissés en friche, ou investis dans d’autres champs, hors des églises, alors que celles-ci en ont tant besoin.

Comment imaginer que notre Dieu, le Dieu de Jésus-Christ, ait voulu l’inégalité entre ses enfants ?

«Dieu ne fait pas de différence entre les hommes»

Autre traduction : «Dieu ne fait pas de favoritisme» (Actes 10.34)

«Les choses anciennes sont passées, voici toutes choses sont devenues nouvelles. Ainsi, celui qui est uni à Christ est une nouvelle créature : ce qui est ancien a disparu, voici : ce qui est nouveau est déjà là. Tout cela est l’oeuvre de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ et nous a confié le ministère de la réconciliation» (2 Corinthiens 5.17)

L’épître aux Romains (chapitres 14 et 15) évoque la situation de chrétiens qui ne mangeaient pas de viande et qui faisaient des différences entre les jours parce qu’ils n’avaient pas saisi le sens et l’étendue de la libération apportée par Jésus-Christ. Paul recommande de ne pas les brusquer, mais de les amener avec douceur et patience, à cheminer. C’est aussi la voie à suivre pour faire évoluer la situation des femmes dans l’Eglise.

Cela étant, à la différence des questions alimentaires et calendaires, les représentations et opinions relatives aux femmes concernent des personnes et ont un impact direct sur la vie et le témoignage de l’Eglise. Ce qui justifie un peu d’insistance…

L’Eglise est la préfiguration du Royaume à venir. Elle est appelée à manifester au monde l’oeuvre de restauration et de réconciliation accomplie par Jésus-Christ. Au sein du peuple de Dieu, les différences sont abolies. Ma prière est que nos églises puissent réaliser et vivre pleinement ce ministère de réconciliation.

Sylvie K. pour Actu-Chretienne.Net

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